Sarah Varichon

Sarah Varichon. Photo: Nicole Combeau

Biographie

Je suis praticienne en arts expressifs basés sur le mouvement, artiste pluridisciplinaire (travaillant à la fois dans les arts du mouvement et les arts visuels), praticienne en thérapie somatique et travailleuse corporelle, basée à Tiohtià:ke.

Ma passion pour le corps guide chacune de mes démarches. Je l’aborde à travers une large gamme de modalités — mouvement, danse, somatique, travail corporel et photographie. Ancrée dans le flamenco, une forme que je pratique depuis l’âge de 12 ans en grandissant dans le sud de l’Espagne et en étant immergée dans sa culture, ma pratique du mouvement s’est depuis étendue pour inclure le mouvement somatique, le butoh, le Life/Art Process® et, plus récemment, les arts érotiques.

Mes performances se déploient comme des rituels de guérison — des espaces de mémoire ancestrale, de deuil, de restauration et de libération. À travers le mouvement et la photographie, j’explore l’éco-érotisme, nourrissant un sentiment d’intimité et d’appartenance avec la Terre tout en revendiquant la sensualité d’une expression authentique. Mon travail remet en question les cadres limitatifs du capitalisme et du patriarcat, et réimagine le corps comme un espace sacré et souverain — un lieu de mémoire, de plaisir et de potentialités.

Démarche artistique

Dans mes recherches incarnées et mes ateliers, j’explore comment la colonisation a rompu notre intimité et notre relation avec la terre. Je m’interroge sur la manière dont nous pourrions retrouver un sens d’appartenance sensorielle à la Terre — non seulement pour notre guérison personnelle, mais aussi comme un acte spirituel de réciprocité. Je crois que cette reconnexion nous invite à un soin plus profond, à une gestion responsable, et à une mobilisation en faveur de la Terre.

Mes performances remettent en question les cadres du capitalisme et du patriarcat qui dictent notre relation avec la terre, les éléments et l’environnement. La pièce *What is Home?* est née d’un besoin de se demander : qu’est-ce qu’un chez-soi lorsque la Terre souffre ? Lorsque, en raison du changement climatique et de la crise écologique, tant de personnes sont contraintes de quitter leur foyer — pour se retrouver sans accueil ailleurs ? Qu’est-ce qu’un chez-soi lorsque nos corps eux-mêmes souffrent de cette profonde déconnexion avec la Terre ? À travers le rituel et le mouvement, je cherche des réponses incarnées à ces questions.

Sarah Varichon. Photo: Olivia Milani

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Je m’intéresse aux impacts écologiques de la colonisation — plus précisément, à la façon dont elle a perturbé nos relations ancestrales, incarnées et spirituelles avec la Terre. Mon travail explore le deuil qui naît de cette déconnexion, ainsi que les moyens de retrouver l’intimité, la sensualité et la réciprocité avec le territoirea land. Je suis attiré(e) par les intersections entre crise écologique, déplacement et appartenance — la question du foyer à une époque où tant les personnes que les écosystèmes sont déracinés et négligés.

Je m’engage également avec des thèmes d’éco-érotisme, comme une façon de réimaginer notre relation à la nature au-delà de l’extraction ou de l’utilité — vers une relation de révérence, de soin et d’écoute profonde. Je perçois la crise climatique non seulement comme une urgence politique, mais aussi comme une crise spirituelle — nous invitant à nous souvenir de notre place dans la toile de la vie. À travers des performances rituelles et des pratiques somatiques, j’ai pour but de restaurer le corps en tant que pont vers une conscience écologique et une action concrète.

Je m’engage également avec des thèmes d’éco-érotisme, comme une façon de réimaginer notre relation à la nature au-delà de l’extraction ou de l’utilité — vers une relation de révérence, de soin et d’écoute profonde. Je perçois la crise climatique non seulement comme une urgence politique, mais aussi comme une crise spirituelle — nous invitant à nous souvenir de notre place dans la toile de la vie. À travers des performances rituelles et des pratiques somatiques, j’ai pour but de restaurer le corps en tant que pont vers une conscience écologique et une action concrète.

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

J’aborde les thèmes écologiques à travers des pratiques somatiques et rituelles qui placent le corps au centre, en tant qu’archive et lieu de reconnectivité avec la Terre. Mon processus créatif repose sur l’écoute — du corps, de la terre, de la mémoire ancestrale — et sur la création d’un espace pour accueillir ce qui émerge de cette écoute. Je travaille avec le mouvement, la voix, le dessin et la photographie pour explorer la relation intime entre le deuil, le plaisir et l’écologie.

En performance, je crée des espaces rituels qui invitent le public à une réflexion collective, où le corps devient un médium pour exprimer la perte écologique, le désir et l’amour. J’incorpore souvent des éléments naturels, des œuvres site-specific, ainsi que des paysages sonores tissés à partir de récits partagés ou d’enregistrements environnementaux, afin d’approfondir cette connexion.

Lors de séances individuelles et d’ateliers, j’accompagne les participants à travers des pratiques qui restaurent un sentiment tangible d’appartenance à la Terre, en les invitant à se rapprocher des éléments, de la terre et de leurs sens.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

Mon processus de création repose sur l’attention somatique, l’improvisation et le rituel. Je commence par cultiver une pratique d’écoute profonde — envers le corps, la terre et l’invisible — permettant aux sensations, aux souvenirs et aux émotions de guider le travail. Je travaille souvent en réponse à l’environnement, laissant celui-ci influencer les mouvements, les sons et les matériaux que j’utilise. Cela peut inclure des déplacements en plein air, l’incorporation d’éléments naturels ou l’attunement à la qualité énergétique spécifique d’un lieu.

Ma pratique est profondément influencée par mes études avec Anna Halprin et le Life/Art Process®. Étudier avec elle et sa fille Daria Halprin a profondément façonné ma compréhension de la danse en tant qu’acte de guérison, d’écologie et de communauté. J’utilise des scores de mouvement, le dessin et l’écriture comme outils à la fois génératifs et réflexifs, et je m’engage dans des cycles d’improvisation solo et collective qui honorent les rythmes naturels et la connaissance incarnée.

Mes méthodes sont intuitives, lentes et relationnelles — enracinées dans la réciprocité, le soin et la connexion du corps à la terre et à l’esprit.

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Mes œuvres et pratiques prennent la forme de rituels performatifs, d’ateliers et de séances de guérison incarnée. Ces formats sont ancrés dans la conviction que le rituel est un conteneur puissant pour la transformation, permettant une connexion profonde et intentionnelle avec la Terre, les ancêtres, l’esprit et le monde plus-que-humain. Dans mes performances, je crée des espaces où le mouvement, le son et le rituel se croisent, invitant à la fois le performer et le public à une expérience collective de souvenir, de deuil et de libération.

En tant que facilitatrice et praticienne, j’anime des ateliers qui intègrent le mouvement, les pratiques somatiques et l’expression créative, utilisant souvent le rituel comme outil pour décoloniser et se reconnecter aux savoirs ancestraux. Ces ateliers offrent des opportunités de guérir, de se réancrer et de revendiquer notre relation à la Terre et aux autres. Le rituel sert d’ancrage dans ma pratique, apportant structure et profondeur tout en laissant place à une exploration intuitive et incarnée.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

J’aime établir une relation intime avec le public — une relation qui l’invite à s’engager dans le processus ou à contribuer à la conversation d’une manière ou d’une autre. Je crois que l’art détient le potentiel d’être une expérience transformatrice, et qu’en créant des opportunités d’échange plus profond, nous pouvons aller au-delà de la simple observation passive pour atteindre une connexion incarnée et une construction de sens collective.

Cette approche relationnelle est particulièrement importante dans le contexte du travail écologique et somatique, où la sensation ressentie de l’interconnexion est au cœur de l’expérience. Je souhaite que le public ne se contente pas d’avoir été témoin de quelque chose, mais qu’il ait été touché — physiquement, émotionnellement, spirituellement — et qu’il puisse peut-être même se voir différemment, ainsi que la terre ou ses communautés.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

Je cultive une relation réciproque et attentive avec mes environnements de pratique, que je travaille en pleine nature, en studio ou dans des espaces communautaires. J’aborde chaque environnement comme un collaborateur — à l’écoute de ses textures, de ses rythmes, de ses énergies et de ses histoires. Cette sensibilité permet à l’espace lui-même d’influencer le travail, que ce soit à travers le son, la sensation, le mouvement ou la mémoire.

Dans les environnements naturels, je m’accorde à la terre et à ses éléments, en reconnaissant leur présence et leur agency. En studio ou dans des espaces communautaires, je crée un espace intentionnel pour l’ancrage et la connexion, à la fois avec la terre sous nos pieds et avec ceux qui partagent cet espace avec moi.

Ces relations sont essentielles à ma pratique car elles reflètent une manière d’être écologique — enracinée dans l’interdépendance, le respect et la réciprocité.