Anaëlle Lacoste

Anaëlle Lacoste. Photo : Hamie Robitaille

Biographie

Anaëlle Lacoste, artiste multidisciplinaire, a terminé des études en éducation somatique au département de danse de l’uqam. Elle s’intéresse tout particulièrement aux liens entre le corps et la pensée. Dans les interstices entre les organes se faufilent des histoires, des souvenirs et des relations. Elle traduit par l’art du collage l’interconnexion des individus au monde qui les entoure. Avec des images extraites de livres d’anatomie et de la nature, elle désassemble le corps pour fusionner avec l’univers, puis le recompose pour devenir le contenant de ce grand tout.

Conceptrice de projets novateurs alliant différentes disciplines, elle a co-fondé le collectif Elles fallait qui présente des performances artistiques alliant l’art culinaire et la littérature. Leur œuvre Orfèvrerie & rien de moins a été présentée à ZH Festival en 2019. Elle a aussi signé la scénarisation de l’expérience immersive CiÖ, pour laquelle elle et ses collaborateurs ont gagné le prix Numix 2024 dans la catégorie art numérique. Il s’agit d’une installation mettant en vedette une intelligence artificielle qui exprime ses tourments émotionnels et cherche le soutien des participants pour les surmonter.

Sa motivation, qui est le fil conducteur de chacun de ses projets, est de tenter d’exprimer symboliquement des sensations indicibles, dans le but qu’elles puissent être partagées et sublimées.

Démarche artistique

Dans mes projets d’installation ou de performance, j’ai tendance à mêler plusieurs disciplines. J’aime faire coexister des éléments voisins, qu’ils se ressemblent, se complètent ou s’opposent. Cela me donne l’impression de toucher à une forme de cohérence traversée d’imperfections, où les liens entre les choses deviennent visibles.

Dans ma pratique du collage, j’assemble depuis longtemps des images de la nature et de l’anatomie. Cet instinct me guidait bien avant que je découvre l’éducation somatique. Je cherchais déjà à représenter, en image, des sensations corporelles de lien à la nature, à soi, au tout. J’utilisais aussi les qualités du monde vivant pour exprimer mes états intérieurs : ses forces, sa rage, ses harmonies.

Photo et réalisation: Anaëlle Lacoste (2021).

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Attention sensible à l’autre qu’humain
L’interconnexion entre le vivant
Élargissement de la conscience des éléments inclus dans un contexte
Décloisonnement des cadres établis, porosité entre les catégories

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

Artistiquement, je suis animée par des pulsions d’éclatement et d’union. Je cherche à défaire, assouplir, aborder les choses sous un angle novateur. Mais il est tout aussi essentiel pour moi de viser l’union, la compréhension mutuelle et l’inclusion. Mon travail tend à déconstruire ce qui est figé, pour rétablir une harmonie souple et malléable.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

Bien que j’apprenne à apprécier le plaisir de créer en solo, j’ai toujours eu une forte inclination pour la collaboration artistique. Le processus m’apporte autant de satisfaction que le résultat. Je trouve l’acte de co-création profondément émouvant. Il me fait ressentir une connexion intime à l’esprit créatif et au cœur de la personne avec qui je travaille. J’alterne entre l’écoute et l’action, construisant pas à pas, chacun nourri par les idées et les élans de l’autre. Le tout qui en émerge devient alors plus grand que nous.

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Mes œuvres ont pris des formes variées au fil du temps. Il y a eu des performances-repas où les participants goûtaient des plats inspirés des émotions exprimées dans des textes lus en direct. Il y a eu aussi des installations interactives mêlant technologie et quête de sens, dans un dialogue entre le public et une intelligence artificielle. Plus récemment, j’ai présenté une exposition de collages où les spectateurs étaient invités à se mettre en mouvement ou à adopter une posture physique en lien avec l’œuvre observée. L’intention était de les amener à ressentir, à travers leur corps, une sensation de connexion à eux-mêmes et à l’univers qui les entoure.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

J’accorde une grande importance à l’intégration du public au sein de l’œuvre. Il est essentiel pour moi que les spectateurs se sentent directement concernés, que leur participation éveille des prises de conscience personnelles. Je ne souhaite pas que mes œuvres soient uniquement le reflet de moi-même, mais qu’elles deviennent des étincelles, des déclencheurs de réflexion et de dialogue avec l’autre.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

J’ai toujours eu un vif intérêt pour les milieux étrangers à moi, tels que la cuisine, le numérique, la musique, etc. J’aime y plonger à pieds joints, apprendre des personnes qui y évoluent, écouter comment leur conception du monde résonne en moi, y mêler mes sensibilités, et faire dialoguer nos perspectives. Cela crée, je crois, un regard original dans un contexte parfois fermé. J’aime décloisonner les univers, les faire se rencontrer, révéler leurs similitudes et leurs contrastes. Je trouve que ces croisements enrichissent profondément chacun des mondes impliqués, surtout quand ils se frôlent en oblique 😉