Léo Coupal-Lafleur

Leo Coupal Lafleur. Photo: Jules Coupal-Lafleur

Biographie

Léo « Hit » Coupal est un artiste multidisciplinaire originaire de Québec et établi à Montréal. Adepte de la culture hip-hop et danseur de break, c’est à l’adolescence qu’il développe une passion pour la poésie orale. En 2017 et 2023, il représente le Québec à la Coupe du monde de slam de poésie à Paris. En 2021, il complète un baccalauréat en sociologie.
Il évolue comme poète et comme artiste invité dans les écoles. En danse, il travaille en comme interprète au sein de différentes compagnies (Destins Croisés, Ample Man Danse, Grand Poney). Il évolue également dans l’univers du streetdance à l’échelle locale et internationale avec les collectifs Stylz Corrupt et Qc Roc.
Depuis 2023, il rassemble ses pratiques diverses dans le projet de création « Nulle part », une fable écologie personnelle et engagée. Il a présenté deux courts solos à VOUS ÊTES ICI 2023 (LA SERRE) et Danses Buissonnières 2024 (Tangente), et diffusera une plus longue forme à Tangente en 2026-2027.

Démarche artistique

Mon expérience comme danseur dans la compagnie Destins Croisés, mes études en sociologie, mon bagage en slam et mon intérêt pour la biodiversité m’ont emmené à réfléchir la création en dehors de la distinction subjective entre l’art personnel et l’art l’engagé. En me questionnant plutôt sur le sens et le non-sens, mon travail parle à la fois de tribulations intérieures et de perspectives sur le monde. C’est cet angle de création qui m’a incité à marier mes pratiques et mes intérêts.
En multipliant les références écologiques, je mélange le break et le slam pour exprimer le tiraillement d’une époque éparpillée, et d’un quotidien à son image. L’érosion de la biodiversité me permet de réfléchir à nos méthodes de développements, à l’accélération sociale, à la déconnexion à la nature et à la quête de sens autant que d’installer des éléments plus intimes sur mes blessures, ma fatigue et mes souvenirs d’enfance. À travers des esthétiques propres aux cultures urbaines, l’écologie devient la porte d’entrée pour naviguer aléatoirement entre les dimensions personnelle et engagée.

Nulle Part (2023). Chorégraphie et Interpretation: Leo Coupal Lafleur. Photo: Nicholas Biaux

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Principalement l’érosion de la biodiversité.
Cet enjeu m’amène toutefois à réfléchir sur l’étalement urbain, le développement impulsif du territoire, la destruction des milieux humides et la surconsommation

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

Mon rapport à l’écologie provient à la fois de mes parents biologistes qui, depuis l’enfance, m’ont initié à l’interprétation de la nature, et de mes études en sociologie, notamment dans le champ de la décroissance.
Cela me permet d’aborder ces thématiques de manière sensible et intellectuelle.
D’une part, l’érosion de la biodiversité me touche profondément, comme une attaque à l’émerveillement développé depuis l’enfance devant une grenouille des bois ou une paruline masquée. D’autre part, mes études m’ont emmené à voir l’érosion de la biodiversité comme un symptôme d’un modèle de société insoutenable.
En ce sens, j’aborde les thématiques comme des prétextes de ressentir et de réfléchir plus largement les incohérences de notre époque, les non-sens qui nous passent sous les yeux, la déconnexion dont nous avons souffert.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

Je nourris à la fois la dimension sensible et intellectuelle.
Je pratique l’observation d’oiseaux de manière régulière avec mon père et ma partenaire. Cela me permet de cultiver l’émerveillement qui m’anime dans des moments de création. En résidence, je plonge régulièrement dans des souvenirs d’observations, des photos prises lors de ces promenades. Je m’inspire des guides d’identification qui m’accompagnent en nature.
Mon objectif durant le processus de création n’est pas de chercher à incarner la nature, mais plutôt cultiver un sentiment d’émerveillement et de curiosité devant le vivant.
Je dédie également beaucoup de temps à m’informer sur les dossiers journalistiques et scientifiques qui concernent la biodiversité. Cela nourrit mes réflexions et stimule mon écriture, et parfois le sentiment de rancune qui anime mon travail chorégraphique. J’ai par exemple suivi de près les dossiers Norvolth et plus récemment Stalbex. En créant mon dernier solo, j’ai lu sur les collisions des oiseaux avec les fenêtres et la situation des hirondelles.
Ces habitudes cultivent à la fois l’attachement au vivant et les réflexions sur notre monde qui m’habitent durant la création. Je cherche ensuite à voir comment mes états émotionnels et réflexifs peuvent être transmis de manière authentique à travers mes pratiques.

Colibris, 2024. Chorégraphie et Interpretation: Leo Coupal Lafleur. Photo: Denis Martin

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Je cherche à créer des œuvres qui voyagent entre différents états et esthétiques. À l’image de notre époque et des réseaux sociaux, j’aime l’idée de partir dans tous les sens, de créer un enchaînement rapide de tableaux. Je travaille toutefois à ce que cet enchaînement soit fluide et, tout en confrontant le public à une variété d’états, permette à celui-ci de trouver un sens au terme de la performance.
Mon attachement pour les thématiques écologiques m’amène à exploiter différentes émotions comme l’émerveillement, la rancune envers la destruction ou l’absurdité et l’humour devant nos habitudes de vie.
Je trouve finalement intéressant d’assumer les esthétiques propres à mes pratiques issues de cultures urbaines tout en parlant d’écologie. J’aime penser les solos que j’ai créés comme des fables écologiques hip-hop.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

J’établis une relation frontale et intimiste. J’aime sentir le public proche et engagé. Je m’adresse directement au public, tout en m’imaginant que celui-ci est parfois un interlocuteur, un ami, un lieu.
Ce rapport provient du slam et du break qui se pratiquent en relation à l’autre. Dans une soirée slam, le public est à la même hauteur et tout près du micro. On s’y adresse directement. En break également, le public est assis tout près de l’espace de battle, sur le même sol. En battle, on s’adresse directement à l’adversaire.
Dans ces deux pratiques, les réactions et les interactions avec le public sont encouragées. J’ai appris à performer avec cette énergie.

Tout en étant témoin, le public peut me suivre pour traverser une diversité d’états. En plus de faire vivre, je souhaite inspirer le public à une certaine réflexion.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

Le streetdance et le slam de poésie sont deux univers artistiques qui évoluent à travers un esprit de communauté. Il ne s’agit pas seulement d’exercer la pratique, mais de participer aux différents événements et d’être présents dans les multiples lieux de pratiques.
Ces deux courants sont nés d’un esprit d’autosuffisance et d’antiélitisme. La rencontre, le support et l’implication de chaque membre sont essentielles au développement de la communauté.
J’ai souvent eu le sentiment d’insuffisance en étant incapable de m’impliquer autant dans l’univers du break que du slam. Le développement d’une démarche intégratrice de mes différentes expériences est pour moi une forme de libération. Cette démarche fournie du sens à la variété de mes expériences. Lors de ma dernière représentation à Danses Buissonnières 2024, j’ai été extrêmement touché de voir rassemblé dans la salle des collègues poètes, danseurs et des proches.