Danièle Desnoyers

Danièle Desnoyers. Photo: Isabel Rancier

Biographie

Figure incontournable de la danse québécoise, la chorégraphe Danièle Desnoyers est directrice artistique de la compagnie Le Carré des Lombes. Son répertoire, constitué d’une vingtaine d’œuvres, témoigne d’un dialogue riche et constant entre le langage du corps, les environnements sonores et l’espace. Son travail est traversé par l’idée de rencontres avec de multiples concepteurs·trice·s et interprètes parmi les plus marquant·e·s de la scène montréalaise.

L’enseignement et la transmission sont indissociables de la démarche artistique de Danièle Desnoyers. Parallèlement à ses activités de création, cette artiste-pédagogue enseigne aussi au Département de danse de l’Université du Québec à Montréal — son alma mater —, dont elle a été directrice de 2019 à 2022, en plus de concevoir des dispositifs de recherche destinés à de jeunes créateurs, interprètes et chorégraphes, intitulés Compagnonnage.

Démarche artistique

Les Scénographies-Paysages ont pour objet la création d’œuvres chorégraphiques situées visant à explorer le potentiel artistique d’espaces naturels, parfois architecturaux, riches et singuliers.

Chaque proposition est unique puisqu’elle s’inspire de l’essence même des lieux et de ceux et celles qui l’habitent ou le fréquentent. Véritable dialogue poétique avec les différents espaces, elles prennent la forme de parcours déambulatoires.

Le processus de création se déroule en phases distinctes. La première consiste en une période d’exploration marquée de plusieurs visites du lieu choisi pour s’en imprégner et procéder à une collecte d’information. La seconde phase, plus courte, consiste en une période intensive de création directement sur place en présence de toute l’équipe artistique.

Afin d’établir un dialogue avec les communautés locales, nous développons des collaborations spécifiques à chaque projet. Ensemble, nous nous nourrissons de la culture et de légendes locales, nous faufilant agilement entre les traces du temps et la présence du vivant.

Les Scénographies-Paysages en Sardaigne. Chorégraphe: Danièle Desnoyers. Photo: Laura Farneti

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Le principal enjeux de ce projet est de s’inscrire dans un environnement sans le dénaturer. Même si le titre du projet pourrait laisser croire que l’on s’approprie un environnement de manière théâtrale, il s’agit plutôt de nous y inscrire ou d’entrer en résonance avec eux.

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

Le cycle des Scénographies Paysages est issu de la période pandémique où notre rapport à la nature et à ce qui constitue notre environnement s’est vu transformé ou du moins questionné. Le projet a été conçu avec pour objectif de créer le moins d’empreintes possibles dans notre environnement. Une réflexion a été porté sur tous les aspects de notre processus de création et de production allant des méthodes de travail collaboratives, à la récupération de tous les matériaux existants au sein de notre organisme. Ainsi, la notion de récupération s’applique autant au matériel chorégraphique issu de notre répertoire, qu’aux costumes de notre costumier, ou aux accessoires que nous utilisons à d’autres fins.
Par ailleurs, les propositions artistiques doivent se réaliser à la lumière du jour (à l’aube, au crépuscule ou en plein coeur de la journée) et ne faire appel à aucune technologie (amplification ou autre) sauf lorsque la sécurité des artistes et du public est en jeu.
Nous priorisons les collaborations avec les artistes des localités que nous visitons que ce soit des interprètes en danse, des musicien.nes, chanteuse ou vidéaste.

Au final, l’écologie n’est pas tant une thématique qu’une façon de mettre en place chaque itération des Scénographies Paysages. Nous étudions chaque décision à la lumière de principes éco-responsables. Bien sûr, nous ne sommes pas à l’abri de décisions questionnables comme de nous déplacer en avion pour nous rendre en Sardaigne. Mais nous considérons que le nombre de semaines de travail qu’un tel projet suscite pour les artistes doit aussi être pris en considération pour son acceptabilité.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

Si les projets scéniques que j’ai réalisé jusqu’à maintenant porte ma signature de manière plus prégnante, Les Scénographies Paysages sont des projets où les décisions sont prises collectivement. Le temps de création étant très limité, les interprètes ont beaucoup d’agentivité sur leur propre parcours au sein de la partition chorégraphique.
Nous étudions les lieux avec lesquels nous entrons en résonance. Nous créons différentes formes de rituels qui nous permettent de déterminer les niches que nous habiterons ensuite. Puis, lorsque cela s’avère nécessaire, nous puisons à même notre répertoire chorégraphique pour expérimenter l’adaptabilité de la matière. Ce va et vient entre approches somatiques et adaptation de matériaux chorégraphiques existants sont en phase avec ce que les lieux nous proposent.

Les Scénographies-Paysages en Sardaigne. Chorégraphe: Danièle Desnoyers. Interprète: Myriam Arseneault Campbell. Photo: Olga Bussa

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Sauf exception, je favorise les parcours déambulatoires où le public est convié à demeurer à nos côtés dans un rapport de proximité. Le fait d’inviter les personnes conviées à se déplacer rend l’expérience plus stimulante et même, pour certaines personnes, inattendue. Parfois, je fais le choix de confondre les espaces où se trouvent les interprètes ou le choix de ne pas présenter les interventions mais de les fondre complètement dans le paysage. Ainsi, certaines performances pouvaient n’être vues que par un nombre limité de personnes.
Généralement, nos parcours ont une durée d’environ 45 minutes. La proximité du public fait en sorte qu’une fois le parcours terminé, la rencontre avec les artistes se fait immédiatement. Nous abolissons les frontières qui nous séparent habituellement.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

Les Scénographies Paysages s’adressent à tout public. Généralement, comme les propositions se situent dans des régions ou des sites éloignés, le public est constitué principalement des communautés locales. Est-ce que cela influence les choix que nous faisons ? Je dirais que l’on crée ces propositions avec un sentiment de liberté mais aussi de respect des lieux et des gens qui y habitent ou qui les fréquentent. Cela a assurément un impact sur ce que nous présentons puisque nous nous adressons autant à des personnes très âgées, qu’a des enfants ou des adultes. Mais à priori, nous tentons de révéler les lieux d’une manière poétique. Nous faisons appel à l’imaginaire, le notre mais aussi celui des spectateur.rices.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

Le cycle des Scénographies Paysages se déploie depuis bientôt 5 ans. Nous avons réalisé 4 itérations jusqu’à maintenant et nous savons déjà que nous serons invités dans plusieurs localités québécoises au cours des deux prochaines années. Prochainement, je présenterai une version boréale des Scénographies Paysages au Domaine Forget de Charlevoix. J’enseignement ensuite un atelier de 2 semaines sur la danse in situ. Il s’agit d’une première édition sur cette approche dans ce magnifique lieu à la fois maritime, forestier et agricole. Les trois spécificités de ce paysage charlevoisien seront abordées dans le cadre de ce stage où je partagerai ma pratique in situ.

Aussi, dans chaque lieu où nous sommes invités, nous proposons des ateliers avec le grand public et d’autres activités de médiation culturelle.

Au Domaine Forget, une pratique somatique que j’initierai aura lieu tous les matins au levée du jour. Elle sera accessible à tous.

La danse in situ fait aussi appel à différentes approches chorégraphiques. Ayant enseigné durant près de 13 ans au Département de danse de l’UQAM les cours d’introduction à l’écriture chorégraphique et de chorégraphie, je suis heureuse de partager mon expérience auprès de jeunes professionnel.es dans un contexte aussi favorable à l’expérimentation.