Germain Ducros
Germain Ducros. Photo: Philippe Poirier
Biographie
Germain Ducros est un artiste-chercheur et pédagogue basé à Tioh:tià:ke – Mooniyaang – Montréal. Il s’intéresse aux relations possibles entre corps sensible, paysage sensoriel et territoire, dans une pratique qui tisse ensemble le mouvement situé, la création sonore et les arts visuels. Sa thèse en recherche-création à l’UQAM gravite autour du concept de corps-territoire comme état de corps, et cherche à mettre en lumière l’importance des affects sensoriels dans la relation dansée avec l’espace et le vivant.
Démarche artistique
Ma démarche artistique cherche à amplifier les relations sensorielles, affectives et somatiques, qu’on peut développer avec le monde. Mon travail est nourri par le territoire, par les êtres qui y cohabitent, par l’esprit des lieux et les histoires de leurs occupants·es, présents·es et passés·es. Je dialogue avec la mémoire corporelle, celle des lieux et des voix, humaines et non-humaines, végétales et minérales, dans une démarche d’exploration, de révélation et de transformation.
Mon engagement se manifeste dans chacune de mes créations dans leur capacité transformative, dans la mesure où elles proposent de nouvelles manières de concevoir le mouvement, les espaces, les histoires. La crise écologique que nous traversons est souvent décrite comme une crise de l’attention, une crise de la sensibilité. Réapprendre à lire l’espace et le vivant, réapprendre à augmenter et affiner notre relation au monde, sont des enjeux politiques et vitaux au centre de ma démarche.
Fleuve (2022). Chorégraphie et Interpretation: Germain Ducros. Photo: Germain Ducros
Questions - réponses
Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?
Les enjeux de biodiversité, de préservation des milieux dits « naturels » (ou peu anthropisés), les relations entre les humains et les autres vivants
Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?
J’aborde ces questions/thématiques via une approche multisensorielle, en faisant une grande part à l’écoute, garante d’une continuité ontologique ou au toucher, qui est un raccourci vers la relation. L’œil et la vision, qui mettent à distance et séparent le « sujet » de « l’objet », doivent enfin partager la sphère sensorielle !
Je mobilise des enregistrements de terrain, des mémoires sensorielles dans mes créations.
Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?
Je mobilise le « pistage », dans une version écosensible et performative adaptée de la pratique de Baptiste Morizot (2018), une amplification sensorielle et attentionnelle qui me rend disponible aux relations potentielles. Je composte les idées et les fragments de création, et j’en observe les transformations. J’essaie de respecter les temps de repos, « d’aoûtement » comme on dit en permaculture, malgré les difficultés.
Megriss (2024). Chorégraphie et Interpretation: Germain Ducros. Photo: Scott Brownlee
Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?
Mes œuvres prennent principalement des formes performatives et chorégraphiques, car c’est avec la danse que je me suis rencontré et assumé comme artiste. Depuis le début de mon parcours, mes œuvres chorégraphiques s’accompagnent de créations sonores. Récemment, des œuvres visuelles et sonores indépendantes ont émergé. Cet élargissement des moyens d’expression artistiques est pour moi source de joie.
Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?
J’essaie d’établir une relation de complicité, et d’abolir la dimension transactionnelle de l’activité spectatoriale (je viens voir un show, j’ai payé pour donc j’ai des attentes) en entourant les temps de performance de temps de médiation. Le public m’offre son temps et son attention, sa présence, sa chaleur, son acoustique, et je prends le temps de faire comprendre que cela importe, que ça fait une différence.
Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?
J’essaie d’établir une relation d’écoute avec les lieux qui m’accueillent, et mes intérêts de recherchent inclue de plus en plus la dimension éthique du travail in-situ. Si je reconnais le maillage de relations qui relie le vivant et les espaces, comment m’assurer que ma pratique n’est pas intrusive, mais qu’elle est bienvenue, bénéfique pour le milieu de pratique ?