Bailey Eng

Biley Eng. Photo: Daniel Freder

Biographie

Bailey Eng’s pratiques corporelles puisent dans la danse contemporaine, le breakdance, le parkour, la contorsion et la pole dance chinoise. Elle est diplômée du baccalauréat en danse contemporaine de l’Université Concordia, après avoir également étudié à l’École nationale de cirque et à l’Université York. Ses travaux antérieurs lui ont permis d’intégrer la danse, le cirque et le parkour, notamment en collaboration avec Nadère Arts Vivants, Destins Croisés et We All Fall Down. Elle fait partie du collectif As They Strike, qui rassemble ses intérêts pour le mouvement, la psychologie et la guérison, en interaction avec les espaces publics et en s’inspirant de la nature.

Démarche artistique

Mon processus artistique s’appuie sur une curiosité quant à l’intersection entre l’expérience intrapersonnelle et interpersonnelle. Ma pratique du parkour a enrichi ma façon de m’engager avec l’espace public, ainsi que d’interagir avec les environnements changeants. Naviguer entre les cartographies intérieures (émotionnelles, psychologiques, biomécaniques, imaginatives) et extérieures (architecture, paysage, météo, saisons) sert souvent de point de départ pour élaborer des systèmes de référence issus d’expériences personnelles et partagées. À partir de là, je peux développer des systèmes de mouvement, incluant des stratégies pour créer et gérer des obstacles. En pratiquant l’observation, l’adaptation et la réflexion, mon approche artistique remet en question nos possibilités de participer à notre environnement. Par exemple, une surface, une texture, un son, une sensation ou un motif peut devenir une voie de découverte, en accueillant la rencontre et en embrassant l’impermanence. Je cherche à approfondir l’expérience incarnée en reconfigurant les conventions de la répétition, de la performance, ainsi que la relation entre performeurs et spectateurs.

Earth Processes (2019). Chorégraphie: Bailey Eng & Lucie Fandel. Interprètes: Bailey Eng. Photo: Lucy Fandel

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Mon travail artistique valorise la coexistence, notamment à travers l’espace et les ressources partagés. Au cœur de cette démarche se trouve une attention portée aux environnements urbains et naturels, en recherchant les potentiels communs et en rencontrant ce qui est là. Je m’intéresse aux multiples fonctions et rôles que peuvent jouer les différents participants d’un espace. Ces participants peuvent être vivants ou non vivants, incluant des organismes, des objets, des conditions extérieures (comme la lumière du soleil, le vent) et des états intérieurs (tels que l’état émotionnel, l’expérience somatique).

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

En recherchant le soutien dans l’environnement, les structures, qualités et interactions existantes alimentent le dialogue et les relations. Je m’intéresse à la rencontre. L’usage partagé et les systèmes d’engagement coexistants avec un espace nécessitent une pratique d’adaptation, mêlant le familier et l’inconnu. À travers le prisme du parkour, un mur devient une ouverture de possibilités. En réorientant les frontières, il est possible d’imaginer de nouvelles formes de coexistence et de contribuer à un équilibre entre restauration et rénovation.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

Les pratiques somatiques et l’utilisation de la métaphore constituent des méthodes essentielles dans mon processus de création. Rencontrer un espace implique d’observer, d’écouter et d’expérimenter ce qui est perçu. Les repères issus des sens et la cartographie anatomique peuvent guider vers une expérience plus profonde, en reliant le paysage intérieur au paysage extérieur. Mon intérêt pour la coexistence joue avec le spectre des différences qui contribuent à l’équilibre.

Stay and See (2022). Chorégraphie: Claire MacIsaac & Bailey Eng. Interprète: Bailey Eng. Photo: Pablo Cordoba Salcido

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Les improvisations structurées, en solo ou en groupe, permettent l’application d’adaptations pratiquées. Je m’intéresse aux pratiques en espace public, qui brouillent les frontières entre préparation et performance, entre observé et observateur. Je suis curieuse de remettre en question les imposi­tions sociales parmi les lieux, les personnes et les environnements. Ces formes et formats offrent à la fois spontanéité et régularité, ainsi que sens de la communauté et autonomie.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

Souvent, le public fait partie intégrante de l’espace et peut être absorbé comme un élément de la partition. En même temps, mon intention est de partager la capacité à engager avec l’espace en tant que participant actif, coexistant avec différentes temporalités, sensations et objectifs. Cela permet aux individus de former, d’informer et de réformer leurs propres frontières, non seulement entre eux et l’œuvre, mais également entre l’espace et le lieu.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

Les souvenirs se forgent à partir de rencontres, qui imprègnent à la fois les environnements intérieurs et extérieurs. Ma pratique valorise le retour dans les espaces pour observer le changement et approfondir les relations à travers de nouvelles rencontres. Cela favorise la confiance tout en cultivant le détachement. Surveiller le déplacement et la transition vers un espace est essentiel, car cela brouille le moment du début. Cela permet de reconnaître les différentes relations au temps, à l’énergie et à l’expérience, qui cohabitent entre les éléments et les participants d’un espace.