Lucy Fandel

Lucy Fandel. Photo: Andrea Calderón Stephens

Biographie

Lucy Fandel est une artiste en danse à Tio’tià:ke / Montréal. Elle a grandi à Concord, MA (É.U) et à Beaulieu sur Mer (France) avant d’étudier la danse et la sociologie à l’Université Concordia. Par la chorégraphie, la performance, l’enseignement et l’écriture, elle explore la poésie du mouvement chez nous-mêmes et notre environnement. Reconnu par Dance Magazine comme une de 25 artistes à suivre en 2024, Lucy a le bonheur de collaborer avec des artistes multidisciplinaires incluant Allison Moore, Ariane Dessaulles, Cara Roy, Sarah Wendt et Pascal Dufaux, Nickle Peace-Williams et les collectifs Daughter Product et As They Strike, entre autres.

Démarche artistique

Ma démarche artistique repose sur l’observation, l’écoute et la relation entre sensations et lieux. Mon processus chorégraphique et performatif ressemble à une étude de terrain, autant intérieure qu’extérieure, avec de copieuses conversations, des enregistrements et des carnets de bord. Je suis attentive aux textures physiques saisissantes des lieux, aux relations inhabituelles, aux sons enveloppants et aux souvenirs qui entraînent la curiosité et la transformation. Pour ce faire, j’investis un site spécifique pendant une période étendue afin de me familiariser avec ce qui s’y trouve déjà et les rythmes existants du lieu. Je m’intéresse à la chorégraphie qui y est déjà présente, ainsi qu’aux personnages humains, vivants, architecturaux, matériel. Les matériaux et les organismes, tout comme les personnes, sont porteurs de mouvements fascinants et partagent un langage physique qui anime mon regard, souvent de façon ludique et poétique, qu’elle soit urbaine ou rurale, dans un flux constant. Mon rôle est d’inviter les autres à faire partie de ces espaces éphémères.

Lucy Fandel & Isabella Donati-Simmons (2025). Photo: Paige Gibson

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Le croisement des disciplines artistiques, scientifiques, sociales et éducatives est pour moi un enjeux écologique primordial. J’aspire à mettre en pratique une vision de l’écologie qui insiste sur les relations que nous entretenons avec le monde autour de nous, et qui travaille activement à décloissonner différentes façon d’observer. Je pense que la finesse et la profondeur de notre attention à besoin d’être pratiquée et défendue afin de pouvoir imaginer d’autres futurs, et se pratiquer à les mettre en action. Ma vision est donc systémique dans l’intention, mais souvent minutieuse et quotidienne dans la pratique. Je m’inspire des styles et techniques d’observation des naturalistes et scientifiques sur le terrain, des artistes visuels, des écrivain-es, entre autre. Dans mon travail artistique récent, cela m’amène à explorer les fonctions sociales des espaces urbains, les tensions de l’infrastructure industrielle urbaine comme les rafineries pétrolières, et la synchronicité quasi-chorégraphique causé par des phénomènes météorologiques comme le vent.

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

J’en parle avec mes collaborateur-ices pour comprendre ce qui résonne avec les autres. Je fais des recherches textuelles et j’écris sur ce que j’apprends afin de mieux me situer, et imaginer comment inviter un public a rentrer dans ces questionnements ensemble. Je fait confiance à l’éphémère et aux zones grises que la danse permet : là où le sens n’est pas prescrit, mais où les personnes qui témoignent du travail artistique sont amenées dans une posture du curiosité active envers les relations tissées autour de nous.
Ma pratique et mes créations cherchent donc plus à proposer une posture écologique (relationnelle) qu’une question ou un enjeux précis. Mon espoir est que cette posture amène les gens plus proches de questions et thématiques qui leur tiennent à coeur, et leur offre un exemples d’outils pour y plonger à leur manière.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

Le travail de terrain artistique et dansé: dessins, observations écrites, photos, vidéos, mouvements et mémoire corporelle.
Je travaille aussi ce que j’appelle le « fitting in. » C’est une partition ouverte d’improvisation qui prends simultanément en compte la forme physique d’une entité ou d’un phénomène sur place (intérieure, extérieure, urbain, rural etc.), et l’expérience somatique, rythmique et dansante qu’elle génère. Ce jeux architectural et relationnel ressemble parfois à l’imitation, ou bien au travail de partenaire (autant avec des entités non-humaines que humaines), ou bien à l’affirmation d’un contraste face aux enjeux d’un lieu.

The windy days-Bags (2024). Photo: Lucy Fandel

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Mon travail génère beaucoup de traces et d’archives visuelles et écrites, ainsi que des partitions chorégraphiques relationnels, des expérimentations dansé qui deviennent des performances spontanés grâce au public passant, ou encore des spectacles écrit. Les formes variés me permettent d’ouvrir plusieurs portes d’entrées vers un lieu où une posture d’observation quelquonque. J’ai aussi envie que les publics aient une idée du processus de recherche artistique dans l’espoir de démocratiser la pratique d’une attention fine envers les lieux physiques dans lesquels nous vivons. Je conçoit souvent aussi des activités de médiation culturelle afin de soutenir cet engagement.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

Même si mes oeuvres ne sont pas directement participative dans le sens traditionnel, mon espoir est que les personnes qui vivent mes projets se sentent impliqué-es et interpelé-es par la posture relationnelle et attentionnelle que nous modélisons. L’interprètation, la production et la structure chorégraphique de mes projets sont travaillés dans un contexte professionnel, mais les outils de recherche et l’inspiration de base est très accessible car elle se base sur ce qui est déjà là, autour de nous dans la vie quotidienne. Chaque fois que j’ai l’occasion de le faire, je fais de mon mieux pour partager ces outils et gruger dans la construction culturelle et linguistique qu’est la Nature–entitée mythique, séparée de l’humain. Mes danses, mes textes et mes projets globalement cherchent à brouiller les frontières de cette séparation, sans devenir nécessairement arbre, banc de parc ou nuage, mais en respectant notre capacité de cohabiter et faire partie de l’écosystème de façon saine.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

La relation première aux environnements dans lesquels je pratique en est une d’écoute et de ralentissement. Parfois, je me trouve dans un lieu que je n’aime pas, qui est tendu, ou qui ne me parle pas esthétiquement. Mais sans faute, si je prends le temps de ralentir et de laisser divaguer mon attention, une brêche s’ouvre, un détail me saute à l’oeil, et je voit les transformations en cours, la place que prends le vivant, les décisions qui ont sculpté le lieu. De cette façon, je commence à voir les transformations qui seront exigées de moi afin de pouvoir m’y intégrer, y trouver ma place.
Parfois, je n’ai pas de place dans certains lieux, alors j’observe et je visite, mais je n’y intervient pas. Souvent, par contre, c’est en essayant d’amener l’attention vers des relations floues entre humain et écosystème, que j’y trouve ma place.