Isabelle Fortier
Isabelle Fortier
Biographie
Isabelle Fortier se distingue par une approche singulière qui tisse des liens entre l’art, le corps et la nature. Formée en éducation, en coopération interculturelle, en sciences des religions et en thérapie psychocorporelle, elle approfondit sa démarche en intégrant l’art social à sa pratique. Elle complète ainsi un baccalauréat en Theatre and Development à l’Université Concordia, où le théâtre est enseigné comme un puissant outil de transformation personnelle et sociale. Sa démarche s’enrichit également d’une formation en écopsychologie auprès de Joanna Macy, notamment à travers le Travail qui relie, qui soutient une transformation intérieure et collective face aux enjeux écologiques contemporains. Cette approche nourrit une pratique profondément ancrée dans l’interdépendance du vivant, le lien au corps et la responsabilité relationnelle.
En 2016, elle fonde Égo/Éco et propose des ateliers de mouvements improvisés comme voie de transformation, du théâtre rituel ainsi que différents parcours de formation en écopsychologie. Forte de plus de 25 ans d’expérience en intervention psychosociale et de pratiques en danse improvisée, mouvement authentique, méditation et qi gong, Isabelle incarne une approche profondément ancrée, marquée par une grande qualité de présence et une écoute sensible du vivant.Parfois, je n’ai pas de place dans certains lieux, alors j’observe et je visite, mais je n’y intervient pas. Souvent, par contre, c’est en essayant d’amener l’attention vers des relations floues entre humain et écosystème, que j’y trouve ma place.
Démarche artistique
L’approche s’inspire de l’écopsychologie telle que pratiquée à travers le Travail Qui Relie. Elle repose, entre autres, sur la théorie des systèmes, sur l’interdépendance du vivant et sur la sensibilité, essentielle pour percevoir et répondre aux crises écologiques.
La pleine conscience, la contemplation, la sensorialité et l’improvisation en nature deviennent autant de pratiques pour affiner notre écoute : celle de soi, des autres et du monde qui nous entoure. De cette attention naît une réponse kinesthésique spontanée, en résonance avec les éléments naturels.
Les questions qui guident cette exploration sont :
Comment ressentir l’interdépendance du vivant dans mon corps ?
Où commencent et où se situent les limites de moi, de l’autre, de la nature ?
Comment la nature influence-t-elle mon ressenti ?
À quels signaux réagis-je ?
Comment éprouver mon appartenance à la Terre ?
À partir de ces explorations, nous offrons des moments d’écriture et de partage pour approfondir la réflexion et nourrir la création. Des œuvres in situ émergent alors dans les lieux avec lesquels nous avons été en relation, comme autant de traces vivantes de notre dialogue avec le vivant.
Photo: Nicolas David
Questions - réponses
Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?
La notion d’interdépendance, la (re)connexion avec la nature, la réciprocité. Le changement de paradigme pour que l’humain reconnaisse qu’il est nature.
Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?
Des exercices du Travail Qui Relie nous permettant de :
-reconnaître la réalité des crises écologiques et sociales tout en accueillant nos émotions face à ces défis;
-explorer les liens d’interdépendance entre nous, les autres espèces et les écosystèmes ;
-passer de l’angoisse à l’action, en découvrant des manières concrètes et incarnées de contribuer à la transformation sociale et écologique ;
-renforcer la résilience individuelle et collective, en cultivant présence, écoute et créativité dans les réponses aux signaux du vivant.
Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?
À partir des expériences corporelles et émotionnelles vécues à travers les différents exercices du Travail Qui Relie, je lance des invitations de mouvements, de poésie, de dessins et nous partageons nos créations, approfondissons nos réflexions et colligeons le matériel intéressant.
Photo: Isabelle Fortier
Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?
Je considère l’improvisation comme une pratique écopsychologique de vie. En cultivant la présence, l’écoute sensible et l’attention au corps, nous développons une intelligence kinesthésique relationnelle — une capacité à ressentir, percevoir et répondre au vivant, en soi et autour de soi.
À mesure que cette qualité de présence s’affine, nos réponses deviennent plus justes, spontanées et ancrées. Nous devenons alors davantage en mesure de reconnaître les signaux de détresse et de transformation que la Terre exprime, et d’y répondre de façon incarnée plutôt que dissociée.
Je crois que les fondements intérieurs nourris par ces pratiques — régulation émotionnelle, sentiment d’interdépendance, responsabilité relationnelle — permettent aux personnes qui les vivent de devenir des agents de transition. Par leur posture, leur engagement et leur capacité à agir à partir du lien plutôt que de la peur, elles influencent leur milieu et participent à l’émergence d’une conscience collective plus solidaire et écologique.
De cette maturation individuelle et relationnelle peut naître un mouvement collectif vivant, enraciné dans le soin du monde et le respect du vivant.
Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?
Le public est invité à déambuler à travers nos parcours sensibles. Il est ainsi touché par la nature qui lui est révélé par ces gestes, postures ou mouvements intimes des performeurs avec la nature dont il est témoin. À certains moments, nous les invitons à expérimenter ce rapprochement avec la nature.
Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?
Tout d’abord, nous prenons un temps pour arriver, sentir avec tout nos sens, ressentir et reconnaître les éléments qui sont là et qui nous invite à entrer en relation avec eux. Nous bougeons le milieux naturels qui nous accueille, nous sommes bougés par la nature. Qui guide qui, lorsqu’on ne le sait plus, nous savons que nous sommes à la bonne place.