Alexandre Côté

Alexandre Côté Hallée. Photo: Mathieu Plilippe Perras

Biographie

Né à Montréal (Tiöhtià:ke / Mooniyang), Alex Côté Hallée est un artiste multidisciplinaire 2SLGBTQIA+ dont la pratique s’ancre principalement dans la performance, le corps performatif et les interventions in situ et site-specific, souvent déployées dans l’espace public. Évoluant entre mise en scène, performance, photographie, vidéo et land art, il développe des recherches performatives et écosomatiques en collaboration avec des danseur·euses et artistes queers, explorant les relations entre corps, environnement et territoire. Titulaire d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques, il poursuit actuellement un doctorat en études et pratiques des arts, récipiendaire des bourses du CRSH et du FRQSC. Directeur artistique de l’organisme IDYLLE, il a présenté performances, œuvres et expositions au Canada, en Europe, aux États-Unis et dans la Caraïbe, avec l’appui du CALQ et du CAM. Sa pratique interroge les enjeux écologiques à travers l’eau, la matière et l’action performative, liant art, activisme et communauté.

Démarche artistique

La démarche artistique d’Alex Côté Hallée s’inscrit à la croisée de la performance, de la danse, des arts visuels et des pratiques écologiques situées. Ancrée dans l’espace public et les territoires riverains, sa recherche explore les relations entre corps humains et autres qu’humains à l’ère des crises environnementales. Le corps performatif devient un outil de perception, de soin et de résistance, activé à travers des actions in situ, des marches, des nettoyages performatifs et des collaborations écosomatiques avec des artistes et danseur·euses queers. La nudité et la neutralité du genre, parfois présentes, ouvrent des états de vulnérabilité et d’hybridité, faisant écho à une écologie queer et décoloniale du paysage. Les plastiques récoltés lors des performances sont réinvestis comme matériaux performatifs et sculpturaux, révélant la distance entre notre perception esthétisée de la nature et la réalité de la pollution. Les œuvres prennent la forme de performances, vidéos, installations et interventions publiques, conçues selon des principes d’écoconception, liant création artistique, conscience écologique et engagement collectif.

Forecast (2025). Alexandre Côté Hallée. Photo: Alexis Vigneault

Questions - réponses

Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?

Pollution plastique, accumulation de microplastiques, espèces exotiques envahissantes, érosion des berges, montée des eaux, perte des habitats insulaires, réchauffements des eaux, déclin de la biodiversité, perte des savoirs écologiques locaux et autochtones, écoresponsabilité des pratiques culturelles.

Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?

J’aborde ces questions en ancrant mes projets dans des territoires précis (rives, îles, littoraux) et en travaillant l’écoconception à la fois dans les formes (performances, installations, film-essai) et dans les modes de production (réemploi des matériaux, sobriété, mutualisation). Je privilégie les collaborations avec scientifiques, organismes communautaires et communautés riveraines pour que les œuvres aient un impact socioécologique réel, tout en articulant écologie, justice sociale, perspectives queer et attention aux relations entre humains et non-humains.

Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?

En lien avec l’écologie, mon processus de création repose sur un va-et-vient constant entre recherche, terrain et expérimentation sensible. Je commence par un travail de recherche approfondi (théorique, historique, cartographique) qui me permet de situer les enjeux écologiques d’un territoire donné, avant de les prolonger par un travail sur le terrain : dérives, observations, collecte de traces, écoutes et gestes performatifs in situ. Ces explorations se nourrissent de collaborations scientifiques (biologistes, écologues, spécialistes des milieux aquatiques ou urbains) qui m’aident à mieux comprendre les dynamiques écosystémiques et les formes de pollution ou de vulnérabilité en jeu. À partir de là, je cherche à transposer ces enjeux écologiques par l’art, en inventant des dispositifs performatifs, visuels ou filmiques qui rendent perceptibles des phénomènes souvent invisibles, tout en développant une relation écosomatique aux territoires : le corps devient capteur, relais et partenaire du vivant. Enfin, j’inscris l’ensemble de ce processus dans un protocole d’écoconception, qui encadre concrètement mes choix de matériaux, de production et de diffusion afin de réduire l’empreinte environnementale des projets et de faire de chaque création un laboratoire cohérent, à la fois esthétique et écologique.

Forecast (2025). Alexandre Côté Hallée. Photo: Alexis Vigneault

Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?

Mes œuvres prennent principalement la forme d’écoperformances in situ, d’installations plastiques et maritimes, de séries photographiques, d’interventions de land art et de film-essais tournés sur les rives, îles et littoraux des territoires investigués. Ces formats me permettent de travailler à la fois la présence du corps dans le paysage, la matérialité des déchets (notamment plastiques) et la dimension narrative des territoires en transformation. J’explore aussi des dispositifs hybrides – documentation vidéo, conférences-performances, collaborations scientifiques – pour créer des situations où l’art devient un médium de recherche, de sensibilisation et de cocréation avec les communautés et les écosystèmes concernés.

Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?

Ma relation au public est volontairement située et participative : j’essaie moins de « présenter » une œuvre que de créer des situations de rencontre où les personnes deviennent co-présences du geste artistique. Je privilégie des formats proches du terrain – marches performatives, dispositifs immersifs, discussions in situ, ateliers – qui permettent au public de ressentir physiquement les enjeux écologiques plutôt que de les recevoir de manière uniquement discursive. Cette relation est aussi dialogique et pédagogique au sens large : j’invite les publics à partager leurs récits, leurs inquiétudes, leurs savoirs situés, afin que l’œuvre devienne un espace commun de réflexion sur nos liens aux territoires, aux déchets et aux autres vivants. Enfin, cette proximité me semble nécessaire parce que l’écologie ne se résume pas à une thématique ; elle implique des transformations concrètes de nos manières d’habiter, que l’art peut accompagner en ouvrant des expériences sensibles, critiques et collectives.

Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?

J’entretiens avec mes milieux de pratique une relation à la fois située, écosomatique et durable : je reviens sur les mêmes rives, îles et franges urbaines pour tisser, au fil des années, un lien de familiarité avec les territoires, leurs mémoires et leurs vulnérabilités. Je prends le temps d’apprendre leurs noms autochtones, d’observer les cycles des eaux, des plantes, des déchets et des communautés humaines et non humaines qui coexistent dans ces zones marginales, afin que les œuvres émergent d’une coconstruction et non d’une simple « prise » de site. Ce rapport de longue durée s’appuie aussi sur des collaborations avec des organismes locaux, des riverain·es, des scientifiques et des collectifs activistes, parce que je considère ces milieux comme des partenaires de création et de soin, où l’art peut contribuer à la réparation symbolique et matérielle de lieux marqués par la contamination et le capitalocène.