Aurélie Pédron
Aurélie Pedron. Photo: Jean François Paré
Biographie
Loin des sentiers battus, Aurélie Pedron s’affranchit des conventions associées au spectacle pour nous inviter à appréhender le réel autrement. À la lisière de l’installation, de la chorégraphie et de la performance, les œuvres hors-normes qu’elle présente dans des lieux atypiques invitent le spectateur-participant à perdre ses repères pour s’abandonner à l’expérience transformatrice qui lui est offerte.
Avec la création de Lilith & Cie en 2013, elle invente les lieux mêmes de ses œuvres installatives, où elle utilise le corps des performeurs comme passeurs de sens, révélateur d’images invisibles. ENTRE (présenté par Tangente, 2014), nanoperformance pour un spectateur à la fois, sera pour la compagnie une œuvre phare, qui vaut à la chorégraphe le Prix DÉCOUVERTE de la danse de Montréal 2015. Ses dernières œuvres sont supportées par des partenaire de choix : LA LOBA (Danse Cité 2016), ANTICHAMBRE (Agora de la Danse 2019). Elle travaille présentement sur l’élaboration d’une œuvre installative de 72h, INVISIBLE, en collaboration avec Montréal Danse et Danse Cité.
Parallèlement, Aurélie Pedron entreprend des projets auprès de non-danseurs, et de personnes marginalisés avec lesquels elle a conçu des microperformances : RÛE et MARGE (2014-2015) avec l’appui de DARE DARE, centre de diffusion d’art multidisciplinaire à Montréal, suivies d’INDEEP, présentée en 2016 et 2017, une performance de 10 heures pour 10 de jeunes à l’aveugle, et récemment DANS LE CŒUR DU HÉRON, avec le soutien des Productions Recto Verso (2019).
Démarche artistique
De quoi a-t-on besoin pour rester en équilibre dans le monde ? Ou plus largement, de quoi le monde a-t-il besoin pour retrouver un équilibre ? Il ne s’agit pas de résoudre cette équation, mais de garder ces questions subjacentes lors de mes processus de création.
Plutôt que l’écologie, je préfère la notion d’écosophie (Guattari) qui nous replace parmi un environnement auquel on appartient. Cette manière de penser inscrit la totalité de nos gestes en relation avec les différents écosystèmes qui nous entourent (animaux, végétaux, microscopique, macroscopique) dans un rapport d’interdépendance. En renversant les concepts qui nous mettent au centre, nous renversons également notre subjectivité, et par là même, toutes les notions qui se sont construites avec elles : le patriarcat, l’exploitation de la nature comme une ressource, le racisme, l’homophobie, etc.
Cette manière de voir l’existence me soutient dans une pratique artistique radicale au regard des valeurs capitalistes, en valorisant la culture de la relation et en bâtissant des systèmes d’interdépendance. Ainsi, plutôt que des formes, je crée des systèmes qui nous permettent d’expérimenter par notre corps physique, les liens entre notre monde interne et le monde externe, et combien chacun de nos gestes, de nos paroles (et de nos pensées?) peuvent avoir un impact sur notre environnement.
Le Chant des Bélugas (2024). Photo: Aurélie Pedron
Questions - réponses
Quels enjeux écologiques t'intéressent dans ton travail artistique ?
Les écosystèmes dans leur ensemble, mais surtout la notion d’inter-dépendance. L’écosophie m’intéresse davantage encore que l’écologie qui englobe: l’écologie environnemental, l’écologie social et l’écologie mental.
Comment abordes-tu ces questions/thématiques écologiques dans tes créations / tes pratiques ?
En créant des systèmes qui mettent en évidence l’impact de notre présence ou nos actions sur notre environnement et en réfléchissant les relations entre (les références, les points de vue, les corps, les êtres, les systèmes, les frontières….). Je réfléchis les trajectoires plutôt que les concepts qui séparent.
Quelles méthodes de travail utilises-tu en processus de création en lien avec l'écologie ?
J’invente des systèmes d’autorégulation dans laquelle le visiteur est impliqué. Je construis des structures suffisamment solide pour permettre de soutenir une multitude de formes possible, à partir de l’axe central (structure) de création.
Quelles formes prennent tes œuvres ou tes pratiques et pourquoi ?
Souvent des formes d’installations immersives.
Quelle relation au public établis-tu et pourquoi ?
Le public est impliqué. L’invitation fait partie de l’œuvre, elle permet au spectateur de se sentir à l’aise dans l’espace qu’il va explorer et de comprendre quelles sont ses possibilités d’actions. Nous créons des outils (ex: jeu de carte) qui offrent des propositions d’action ou d’observation aux visiteurs. Nous réfléchissons de plus en plus l’avant œuvre et l’après œuvre comme faisant partie de l’œuvre elle-même.
Quelles relations établis-tu avec tes milieux de pratique et pourquoi ?
Je ne suis pas certaine de comprendre votre question. Je dirais que je me sens en marge du milieu de la danse. Mon ancrage est le corps et non le milieu de la danse. Le corps est central. Tant celui des visiteurs que celui des performeurs.ses. C’est pas le corps que nous sommes en relation avec le monde et avec les autres. C’est notre véhicule expérientiel. Le corps est toujours au centre de mes processus artistiques qui sont, par ailleurs, de moins en moins chorégraphique dans le sens traditionnel du terme. La chorégraphie s’étend au mouvement même des spectateurs/visiteurs, aux mouvements sociaux, au corps social…